Ischémie et reperfusion intestinale

Adepte de la course à pied, je voulais depuis quelques temps me pencher sur ses conséquences sur la santé globale et particulièrement sur l’écosystème intestinal. Je pratique le sport d’endurance depuis + de 10 ans avec des participations à des marathons, triathlon et course de vélo longue distance (étape du tour). En participant récemment à un Trail de 35km, j’ai pu expérimenter les effets sur mon système digestif. Cet article a donc pour but de partager mon expérience et de mieux comprendre les conséquences de la pratique sportive excessive sur notre organisme et de vous proposer des solutions.

Comment j’ai expérimenté l’ischémie/ reperfusion intestinale ?

Donc voilà, malgré ma formation en naturopathie, je n’ai pas su éviter et prévenir les symptômes post course à pied, à savoir de chopper une bonne rhinopharyngite. Mes dernières lectures portaient sur l’ischémie/ reperfusion intestinale et ses conséquences.  Je l’ai donc expérimenté pendant une course à pied de plusieurs heures, ce qui a eu pour effet de fragiliser et agresser ma barrière intestinale d’où une augmentation de la perméabilité intestinale avec  possible passage dans l’organisme de peptides, de bactéries et de substances antigéniques… Avec la fatigue déjà présente avant la course et qui s’est accentuée, mon système immunitaire s’est sans aucun doute affaibli et n’a pas su combattre les rhinovirus présents avec la dernière vague de froid de début novembre.

Revenons tout d’abord sur mes erreurs 

Pour des raisons professionnelles, j’ai dû passer quelques jours à l’étranger  et subir des variations de températures importantes entre les bureaux climatisés, l’avion et une température extérieure de 35°C, je suis revenu en France avec une petite gastro. On était vendredi matin et j’avais dans 2 jours un Trail de 35km et quelques 700 mètres de dénivelé positif. A ce moment, je n’étais pas vraiment en condition pour aller courir pendant + de 3 heures. De plus en jetant un coup d’œil aux prévisions météorologiques, la pluie allait être au rendez-vous. Toutes les excuses étaient réunies pour ne pas participer à cette course. Mais mon égo de mâle (et oui il a souvent tendance à se manifester celui-là, argh !) me dicta de tout d’abord prendre du repos et de suivre une diète (à base de riz et de carotte cuite à la vapeur douce) pour faire passer la gastro. Et puis en tout bon mâle en recherche d’exploit sportif et après des semaines à m’entrainer, impossible de ne pas affronter ce nouveau challenge pour moi qu’est le Trail dans des conditions dantesques !

Je suis donc parti le matin de la course avec  500 ml de jus de légumes à base de céleri, carottes, pommes, citron, gingembre et curcuma pour bien m’hydrater tout au long des 35 km avec des minéraux, antioxydants et sucre dans l’idée de prévenir toutes baisses de performance. La course s’est plutôt bien passée et malgré la pluie et quelques grosses averses, j’ai fait une performance honorable pour un premier trail en 3h29. Le problème est que j’ai passé 75% de la durée de l’épreuve au-dessus de 80 % de ma FC (Fréquence Cardiaque) Max dont 3% au-dessus de 90% de la FC Max, ce qui suggère que j’ai sollicité principalement la filière aérobie pour tenir aussi longtemps mais également la filière anaérobie lactique lors des montées principalement (merci à ma montre pour toutes ses informations).

Plusieurs études donnent une correspondance entre la FC Max et la VMA (Valeur Maximale Aérobie). Calibré pour un compétiteur, cela donne : 80% FC Max correspond à +70% de la VMA.

Revenons maintenant sur l’ischémie intestinale et ses conséquences 

En fait, durant l’effort, l’épithélium intestinal (entérocytes) subit une adaptation circulatoire et l’intensité de l’effort physique joue un rôle important. En effet, tout effort supérieur à 70% de la VMA réduit le flux sanguin dans le territoire splanchnique (tube digestif, le foie, le pancréas, la rate et viscère) de l’ordre de 80%. Ainsi, le débit sanguin splanchnique peut passer de 25 % du débit cardiaque au repos à 3 % durant l’effort. Autant dire qu’il n’y a quasiment plus de sang dans l’appareil digestif. Et oui l’organisme envoi toutes ses forces vers les muscles !

Quelques chiffres et études sur les épreuves d’endurance

Une étude a révélé que pendant les épreuves d’endurance épuisantes, de 30 à 50 % des participants peuvent souffrir d’un ou de plusieurs symptômes gastro-intestinaux (Brouns et Beckers, 1993). Une étude effectuée auprès de triathlètes de fond ayant pris part à une épreuve dans des conditions extrêmes a montré une prévalence de tout symptôme gastro-intestinal allant jusqu’à 93 % (Jeukendrup et coll., 2000). Plus alarmant encore, 43 % des triathlètes ont signalé des problèmes gastro-intestinaux aigus et 7 % ont abandonné la course en raison de ce type de problème (Jeukendrup et coll., 2000). Parmi l’élite des athlètes d’endurance, la prévalence des symptômes gastro-intestinaux induits par l’exercice était de 70 % (Peters et coll., 1999), et dans une étude d’observation sur Internet effectuée auprès de 1 281 athlètes, 45 % ont rapporté au moins un symptôme gastro-intestinal (Ter Steege et coll., 2008). Pfeiffer et coll. (2011) ont constaté qu’un certain pourcentage d’athlètes allant de 4 % pour les marathoniens et les cyclistes à 32 % pour les triathlètes de l’Ironman ont ressenti des douleurs gastro-intestinales aiguës. Une étude menée par Oktedalen met en évidence une augmentation de la perméabilité intestinale chez 100% des coureurs participant à un marathon ou à un semi-marathon.

La reperfusion à l’arrêt de l’effort

Suite à l’ischémie précédemment évoquée, à l’arrêt de l’effort, on se retrouve face à la reperfusion des organes digestifs. C’est ce que l’on appelle d’ailleurs « l’ischémie-reperfusion ». Cet afflux massif de sang est synonyme d’une oxygénation importante au niveau de l’intestin, donc d’une production accrue de radicaux libres, qui va agresser les entérocytes : c’est le stress oxydatif.

Le stress oxydant est le déséquilibre entre la production des radicaux libres et la capacité à neutraliser ces composés toxiques (capacités antioxydantes) avant qu’ils occasionnent des dégâts. Ces radicaux libres, qui sont fabriqués à chaque instant par le simple fait de respirer ou de s’alimenter, sont capables d’endommager tous les constituants du vivant. Il arrive que les radicaux libres débordent les défenses antioxydantes. Les antioxydants sont des molécules naturellement présentes dans les aliments (légumes et fruits, de préférence bio et entiers, en mettant l’accent sur les légumes crucifères avec aussi des aromates bio comme le curcuma et le gingembre, des épices, du thé, un peu de vin rouge bio (pour les non-abstinents), un peu de café pour ceux qui le tolèrent.

Lorsque les radicaux libres sont en surnombre, on parle de stress oxydatif ou oxydant.

Or les cellules de l’intestin (les entérocytes) ne sont malheureusement pas adaptées à ce stress oxydatif important du fait de leur exposition ponctuelle et de leur durée de vie très courte (3 jours). La répétition d’effort long et à forte intensité engendre une fragilisation accrue des cellules intestinales et une altération des jonctions  assurant normalement l’imperméabilité intestinale. La déshydratation est un facteur aggravant.  

En clair, l’intestin est un organe fragile qui s’adapte difficilement à l’effort intense et long.

Les conséquences de cette hyperperméabilité sont multiples : il s’en suit un passage d’endotoxines bactériennes à travers la muqueuse de l’intestin, mais également de peptides alimentaires telles que les protéines de gluten ou de lait de vache. Ces protéines, lorsque la flore intestinale est perturbée et en l’existence d’une prédisposition individuelle, peuvent faire l’objet d’une réaction de type immunitaire ou inflammatoire. Ainsi des troubles inflammatoires, en particulier de type ostéo-tendineux, ou des troubles immunitaires telles que des infections à répétition, des intolérances alimentaires ou des allergies peuvent trouver leur origine dans une perturbation de la muqueuse intestinale (plus de 300m2 de surface !), de la flore intestinale (plus de 100 000 milliards de bactéries) et du système immunitaire (plus de 70% du système immunitaire est en relation avec l’intestin).

En résumé, l’ischémie/reperfusion crée une agression des jonctions serrées de la muqueuse intestinale d’où une augmentation de la perméabilité intestinale avec passage possible dans l’organisme de peptides, de bactéries et de substances antigéniques.

Tant que le système immunitaire intestinal est fort, il y a une prise en charge des différents éléments indésirables qui tentent de traverser la muqueuse. Mais si le système immunitaire intestinal ou général est déjà perturbé (intolérances alimentaires, alimentation inadaptée, raffinée, pathologies digestives, infections, inflammation, fatigue …), il ne va plus réussir à faire face et finir par engendrer des pathologies aiguës ou chroniques, locales ou à distance, comme des problèmes intestinaux et/ou des douleurs ostéo-articulaires et/ou des troubles cutanés et/ou de la fatigues et/ou des troubles auto-immuns et/ou autres troubles inflammatoires et/ou de la fatigue chronique et/ou des troubles du sommeil et/ou une perte de motivation, etc.

Les solutions 

Au quotidien, la restauration d’un écosystème intestinal équilibré représente donc une démarche essentielle pour le sportif souffrant de troubles intestinaux chroniques. Le recours à des bactéries dites probiotiques associées à un régime hypotoxique peut se justifier en fonction des situations. La consommation de fruits et légumes frais et de saison, riches en antioxydants, permet également d’optimiser les protections contre le stress oxydant.

On peut inciter le sportif à limiter (voir supprimer) le gluten et les produits laitiers bovins, d’autant plus si ses intestins sont déjà poreux.

Une alimentation alcalinisante (fruits et légumes) est aussi nécessaire pour tempérer le déséquilibre acido-basique (tendance à l’acidité) que peut générer le sport.

Manger des fruits secs (très alcalinisant) après l’entrainement, par exemple, est un bon moyen d’apporter une grosse source de minéraux alcalins.

Si l’exercice physique modéré et régulier augmente le taux de glutamine dans le sang, un entraînement intense ou une compétition exigeante (comme le triathlon) peut faire chuter les réserves musculaires de glutamine entraînant une forme d’épuisement et l’affaiblissement des défenses immunitaires. Une étude avec placebo menée auprès de 151 sportifs a montré que la prise d’un supplément de 5 à 10 g de glutamine, avant ou tout de suite après un effort intense, pouvait prévenir la baisse des défenses immunitaires et limiter le nombre d’infections à survenir. Les résultats seront meilleurs encore s’il y a prise simultanée d’antioxydants et de minéraux.

D’un point de vue pratique, les aliments riches en protéines sont tous de bons pourvoyeurs de glutamine. Des produits riches en L-glutamine pourront être utilisés en complément. Enfin, l’apport de boissons énergétiques (riches en certaines sortes de glucides + du sodium) ou de jus de légumes lors de l’effort (et juste après pour récupérer), permet d’éviter la dégradation des acides aminés (AA) pour faire de l’énergie et limite l’inflammation intestinale.

Conclusion

Il s’agit de bien prendre conscience que le sport à haute dose et les sorties longues à haute intensité (plusieurs heures) sont traumatisantes à plusieurs points et fragilisent l’écosystème intestinale (muqueuse + microbiote + système immunitaire local).

En dehors des carences en micronutriments que cela peut occasionner (carences en minéraux et oligoéléments, vitamines antioxydantes et autres, enzymes,…), l’écosystème intestinal est en souffrance après de si longs efforts.

Il est bon aussi d’avoir une réflexion sur sa pratique sportive. Le sport doit être une source de plaisir mais malheureusement il est souvent un exutoire. Pratiquer une activité physique c’est permettre à son corps et à son esprit de mettre tous les soucis de côté, de ressentir des émotions positives (plaisir, euphorie, adrénaline…) ou négatives (remise en question, dépassement de soi, réagir à l’échec…), ce qui participe à l’équilibre de la santé physique, mentale et sociale. Mais comme on vient de le voir, à l’excès, le sport peut engendrer une détérioration de l’organisme et devient négatif. La consultation d’un naturopathe pourra vous aider pour individualiser les solutions en fonctions des troubles déjà identifiés, ceux qui le seront pendant le bilan et permettre de proposer une nutrition adaptée à l’effort.

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